
Ce guide pratique est fourni à titre informatif et pédagogique. Il ne remplace pas une formation certifiée aux gestes de premiers secours dispensée par la Croix-Rouge ou un organisme agréé. En cas d’arrêt cardiaque, appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro d’urgence européen).
Le défibrillateur automatisé externe (DAE) n’exige aucune compétence médicale préalable (rassurez-vous, l’appareil vous guide vocalement à chaque étape). Vous avez le droit légal d’intervenir, et vous ne pouvez pas aggraver la situation en utilisant un DAE. Ce guide détaille le protocole exact, validé par les autorités de santé, pour transformer une urgence vitale en intervention maîtrisée.
Identifier un arrêt cardiaque en quelques secondes
L’arrêt cardiaque se manifeste par des signes caractéristiques que tout témoin peut identifier sans formation médicale. La rapidité du diagnostic conditionne directement l’efficacité de votre intervention. Une victime d’arrêt cardiaque présente simultanément trois symptômes critiques qui, ensemble, confirment l’urgence absolue.
Dans un contexte quotidien, la situation type se présente ainsi : une personne s’effondre brusquement lors d’une activité normale (réunion, repas, effort physique). Votre première action consiste à vérifier son état de conscience en l’appelant à voix forte et en secouant légèrement son épaule. L’absence totale de réaction, associée à une respiration inexistante, signe l’arrêt cardiaque.
Imaginons le cas d’un collègue qui s’effondre lors d’une réunion. Votre réflexe immédiat consiste à vérifier trois éléments dans l’ordre : approchez-vous rapidement, appelez la personne à voix haute en tapotant son épaule. Si aucune réaction ne se manifeste, penchez-vous pour observer son thorax pendant 10 secondes maximum. Cherchez un mouvement respiratoire, écoutez un souffle, sentez un flux d’air près de la bouche. Ces gestes simples permettent d’éliminer tout doute : une personne inconsciente qui respire normalement ne relève pas du protocole d’arrêt cardiaque, mais nécessite une mise en position latérale de sécurité et l’appel aux secours.
- Inconscience totale : la personne ne répond ni à la voix ni au toucher
- Absence de respiration : aucun mouvement du thorax visible, aucun souffle audible
- Effondrement brutal : la chute survient sans signe annonciateur, en quelques secondes
L’erreur la plus fréquente consiste à perdre du temps à chercher le pouls carotidien. Les retours d’expérience des formateurs montrent que même les professionnels de santé peinent parfois à le détecter rapidement. Si vous constatez l’absence de conscience et de respiration, ces deux critères suffisent amplement pour déclencher la chaîne de secours.
Attention : Si vous n’êtes pas certain de l’absence de respiration (respiration très faible, gasps occasionnels), agissez quand même. Un massage cardiaque réalisé sur une personne qui respire faiblement ne présente aucun danger, tandis qu’une attente prolongée réduit irrémédiablement les chances de survie.
Avant le défibrillateur : la chaîne de survie à respecter
Dès l’instant où vous identifiez un arrêt cardiaque, une séquence d’actions précises s’enclenche. Le protocole officiel recommande de prioriser trois interventions dans un ordre strict : alerter immédiatement les secours, débuter le massage cardiaque sans attendre, et utiliser le défibrillateur dès qu’il devient disponible.
Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro d’urgence européen) avant toute autre action. Si vous êtes seul, utilisez le haut-parleur de votre téléphone pour maintenir le contact avec le régulateur médical tout en agissant. Si d’autres personnes sont présentes, déléguez immédiatement : l’une alerte le 15, une autre recherche le défibrillateur le plus proche, pendant que vous démarrez le massage cardiaque.
50 %
de taux de survie avec un DAE utilisé dans les premières minutes, contre moins de 10 % sans intervention rapide
Face à la complexité apparente d’un arrêt cardiaque, la tentation pourrait exister de privilégier uniquement l’appel aux secours. Pourtant, chaque minute sans massage cardiaque réduit drastiquement les chances de survie. C’est pourquoi s’équiper d’un défibrillateur permanent devient une norme de protection dans les établissements recevant du public, désormais renforcée par le décret n° 2025-1167. Pour choisir le bon équipement selon vos besoins, consultez cette page.
- Alertez immédiatement le 15 ou le 112
Composez le numéro, activez le haut-parleur, annoncez clairement : « Personne inconsciente qui ne respire plus », précisez l’adresse exacte. Le régulateur médical vous guidera.
- Démarrez le massage cardiaque sans attendre
Placez vos mains au centre du thorax, bras tendus, effectuez 30 compressions à un rythme de 100 à 120 par minute (cadence de la chanson « Stayin’ Alive »), puis 2 insufflations si vous êtes formé. Continuez ce cycle 30/2 sans interruption.
- Utilisez le DAE dès qu’il arrive
Dès qu’une personne apporte le défibrillateur, ouvrez-le immédiatement. L’appareil prend le relais vocal et analyse automatiquement la situation. Continuez le massage pendant que quelqu’un prépare l’appareil.
Utiliser le défibrillateur : mode d’emploi détaillé
Dès l’instant où le défibrillateur automatisé externe arrive sur les lieux, son utilisation devient votre priorité absolue. Comme le rappelle utilement la fiche officielle de l’ANSM sur les DAE, toute personne, médecin ou non, est habilitée à utiliser cet appareil depuis le décret n° 2007-705 du 4 mai 2007.
L’appareil émet des instructions vocales claires dès son activation. Vous ne pouvez pas vous tromper dans la séquence : le DAE analyse automatiquement le rythme cardiaque et ne délivrera un choc électrique que si celui-ci est nécessaire. Cette technologie élimine tout risque d’erreur humaine dans la décision de choquer.

Allumer l’appareil et positionner les électrodes
Ouvrez le boîtier du DAE ou appuyez sur le bouton marche/arrêt vert. L’appareil émet immédiatement un message vocal : « Restez calme, les instructions vont vous guider ». Pendant ce temps, une personne continue le massage cardiaque sans interruption.
Sortez les électrodes autocollantes de leur emballage. Dénudez complètement le torse de la victime en retirant ou en découpant les vêtements si nécessaire. Si la peau est mouillée (transpiration, pluie), séchez-la rapidement avec un tissu. En présence de poils thoraciques abondants, rasez sommairement la zone de contact avec le rasoir fourni dans certains kits, ou appuyez fermement sur les électrodes.
Placez la première électrode sous la clavicule droite, légèrement en dessous de l’épaule. Positionnez la seconde sur le côté gauche du thorax, sous l’aisselle, environ à hauteur du mamelon. Un schéma anatomique figure directement sur chaque électrode pour guider le positionnement exact. Appuyez fermement sur toute la surface pour assurer un contact optimal avec la peau.
Laisser l’appareil analyser et délivrer le choc
Dès que les électrodes sont correctement positionnées et connectées, le DAE annonce : « Analyse du rythme cardiaque en cours. Ne touchez pas le patient ».
Sécurité critique : Pendant l’analyse et la délivrance du choc, PERSONNE ne doit toucher la victime. Éloignez-vous d’au moins un mètre, vérifiez que personne n’est en contact avec le corps, annoncez à voix haute « Écartez-vous » pour sécuriser la zone. Le choc électrique peut se transmettre à quiconque touche la victime.
L’analyse dure entre 5 et 15 secondes. Deux scénarios se présentent alors. Si un rythme cardiaque choquable est détecté (fibrillation ventriculaire ou tachycardie ventriculaire), l’appareil annonce : « Choc conseillé. Écartez-vous ». Sur un modèle entièrement automatique, le choc se délivre automatiquement après un décompte vocal. Sur un modèle semi-automatique, l’appareil vous demande d’appuyer sur le bouton orange clignotant pour déclencher le choc.
Si aucun rythme choquable n’est détecté, le DAE annonce : « Choc non conseillé. Poursuivez la réanimation cardio-pulmonaire ». Dans ce cas, reprenez immédiatement le massage cardiaque selon le cycle 30 compressions / 2 insufflations. L’appareil relancera automatiquement une analyse après 2 minutes de réanimation.
L’appareil ne peut pas se tromper dans sa décision. Si le rythme cardiaque ne nécessite pas de choc électrique, le DAE refuse catégoriquement de délivrer la décharge, même si vous appuyez sur le bouton. Cette sécurité intégrée garantit qu’aucune intervention inappropriée ne peut survenir.
Dr Marc Drumez, Formateur agréé Croix-Rouge française
Reprendre le massage cardiaque après le choc
Immédiatement après la délivrance du choc (ou l’annonce « choc non conseillé »), l’appareil vous ordonne : « Commencez la réanimation cardio-pulmonaire ». Reprenez instantanément le massage cardiaque au centre du thorax, sans vérifier le pouls ni attendre de signe de vie.
Effectuez 30 compressions thoraciques au rythme de 100 à 120 compressions par minute. Continuez ce cycle pendant 2 minutes. L’appareil décompte vocalement le temps restant ou émet un bip sonore régulier pour vous aider à maintenir le bon rythme. Au terme des 2 minutes, le DAE relance automatiquement une analyse du rythme cardiaque.
Poursuivez cette alternance (analyse → choc éventuel → massage 2 minutes) jusqu’à l’arrivée des secours médicalisés ou jusqu’à ce que la victime reprenne une respiration normale. Si la personne recommence à respirer normalement et à bouger, placez-la en position latérale de sécurité tout en laissant les électrodes en place.
Situations particulières : adapter votre geste
Certains contextes nécessitent une adaptation du protocole standard. Voici la conduite exacte à tenir dans les cas les plus fréquents.
| Situation | Action immédiate |
|---|---|
| Enfant de 1 à 8 ans | Utilisez les électrodes pédiatriques si disponibles. Sinon, utilisez les électrodes adultes en les plaçant une sur le thorax, l’autre dans le dos. |
| Porteur de pacemaker | Repérez le boîtier implanté sous la peau. Placez l’électrode à distance du boîtier. |
| Victime mouillée | Déplacez la personne sur une surface sèche si possible. Séchez énergiquement le thorax avant de coller les électrodes. |
| Pilosité thoracique abondante | Utilisez le rasoir jetable fourni dans certains kits ou appuyez très fermement sur les électrodes. |

Dans tous ces cas particuliers, appliquez le principe directeur suivant : agissez toujours plutôt que d’hésiter. Un choc délivré dans des conditions imparfaites reste infiniment plus bénéfique qu’une absence totale d’intervention.
Vos questions fréquentes sur l’utilisation du défibrillateur
Ai-je besoin d’une formation pour utiliser un DAE ?
Non, aucune formation n’est légalement obligatoire. Le décret n° 2007-705 du 4 mai 2007 autorise explicitement toute personne, même non formée, à utiliser un défibrillateur automatisé externe. L’appareil guide vocalement chaque action et analyse automatiquement la situation. Cela dit, une formation PSC1 (Prévention et Secours Civiques niveau 1) dispensée par la Croix-Rouge renforce considérablement votre confiance et votre efficacité lors d’une intervention réelle.
Puis-je aggraver la situation en utilisant un DAE ?
Non, vous ne pouvez pas aggraver un arrêt cardiaque avec un défibrillateur. L’appareil analyse le rythme cardiaque et refuse catégoriquement de délivrer un choc si celui-ci n’est pas nécessaire. Même si vous placez mal les électrodes, le DAE émettra une alerte vocale pour vous corriger. La seule erreur fatale serait de ne rien faire du tout.
Que faire si l’appareil indique « Choc non conseillé » ?
Reprenez immédiatement le massage cardiaque selon le cycle 30 compressions / 2 insufflations. « Choc non conseillé » signifie que le rythme cardiaque détecté ne peut pas être corrigé par un choc électrique. Le massage reste alors l’unique solution pour maintenir une circulation minimale en attendant les secours. L’appareil relancera une analyse toutes les 2 minutes.
Quelle différence entre DAE automatique et semi-automatique ?
Un défibrillateur entièrement automatique (DEA) délivre le choc électrique automatiquement après un décompte vocal, sans intervention de votre part. Un défibrillateur semi-automatique (DSA) vous demande d’appuyer sur un bouton orange clignotant pour déclencher le choc. Dans les deux cas, c’est l’appareil qui décide si un choc est nécessaire.
Face aux 40 000 à 50 000 décès annuels par arrêt cardiaque en France, la multiplication des défibrillateurs accessibles au public représente une avancée sanitaire majeure. Les données du Sénat démontrent sans ambiguïté qu’un DAE utilisé dans les premières minutes multiplie par 5 les chances de survie. Selon le décret n° 2025-1167 publié au Journal Officiel, l’obligation d’équipement en DAE s’étend désormais à de nouvelles catégories d’établissements recevant du public. Cette évolution réglementaire témoigne d’une prise de conscience collective : chaque minute gagnée grâce à un appareil accessible et des citoyens formés transforme un drame statistique en vie sauvée.
Ce que ce guide ne remplace pas : Une formation pratique certifiée aux premiers secours (PSC1, SST). Chaque arrêt cardiaque présente des spécificités nécessitant parfois une adaptation du protocole standard. Les recommandations internationales évoluent régulièrement : vérifiez les mises à jour.
Risques à éviter absolument : Ne jamais retarder l’appel au 15/112 pour consulter un guide. Ne jamais toucher la victime pendant l’analyse du rythme ou la délivrance du choc électrique.
Organismes à consulter : Pour une formation certifiée : Croix-Rouge française, Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Pour toute question médicale : SAMU (15) ou médecin urgentiste.